Isa la sauveuse


Isa la sauveuse, Isa l’oreille, Isa l’épaule, Isa la maman, Isa la fofolle, Isa qui fait rire, Isa la dramatique, Isa la nostalgique.

J’ai peur, peur de rencontrer, peur de me faire aimer. Mon mode auto-defense est activé en tout temps. Pourquoi ? Le seul temps que je laisse mes gardes complètement (ou presque) baissées, c’est lorsque je sais que ça ne fonctionnera pas ou encore qu’il y a une possibilité que j’aille mal. Un bon gars … c’est quoi un bon gars ? Demandez aux gens pourquoi je suis encore seule et ils vous répondront que je suis trop difficile. Est-ce vraiment être difficile de savoir ce qu’on ne veut plus dans notre vie ? Est-ce vraiment trop exiger que d’avoir quelqu’un dans sa vie qui sait faire la différence entre « ses » et « c’est » quand il m’écrit ? C’est pas de ma faute si mes yeux saignes quand il m’écrit « Sa va ? »

Suis-je aussi trop exigeante quand je ne veux pas d’un gars qui n’a pas réglé son passé ? Qui aux 2 phrases ne parle que de son ancienne vie amoureuse ? Je crois que je m’aime assez pour savoir que je dois être une priorité dans sa vie et non pas juste une option de dernier recours.

Non, je ne veux pas du gars parfait qui va m’emporter des fleurs à chaque semaine. C’est tannant à la longue, ça devient vite agaçant et ça fait peur. Pis moi, bin j’ai la peur bien incrustée dans la peau. Je suis un peu comme Julia Roberts dans le film La mariée est en fuite, dès que je sens qu’il y a trop d’attachement, je fuis le plus vite possible et ferme la porte derrière moi.

Les seuls gars auxquels je me suis accrochée, se sont des gars avec un lourd passé, des gars que je pouvais sauver d’eux-mêmes, que je pouvais rendre meilleurs en leur faisant voir que la vie n’est pas toujours noire.

À l’adolescence j’ai été amoureuse d’un gars qui n’allait plus à l’école à l’âge de 15 ans, qui fumait son joint en se levant le matin. Ce gars vivait avec son père dans un vieil appartement louche d’Hochelaga. Il n’avait pas grand-chose à lui, il vendait de la drogue pour avoir de l’argent de poche et plus tard se prendre un appartement. Il a eu quelques petites jobines mais toutes n’égalaient pas le salaire qu’il faisait avec la vente d’herbes joyeuses ou pilules miraculeuses. Ce gars j’en ai été amoureuse longtemps, il est venu hanter mes rêves pendant tellement d’années même après notre courte relation. Nous nous sommes vu sur une période de 2-3 ans, on s’appelait une fois de temps en temps, on se voyait, on s’aimait mais nous savions que nous ne pourrions être ensemble. Deux mondes, deux réalités beaucoup trop différentes. Alors on se contentait de s’embrasser, se coller et ensuite se chicaner pour se séparer. Ce garçon je voulais lui montrer qu’il y avait du bon monde dans la vie, que la vie ne se résumait pas aux gens stones, au manque de confiance aux autres…. J’ai échoué, mais ça je le savais dès le début. Mais encore aujourd’hui, je rêve à lui, j’aimerais savoir ce qu’il est devenu, savoir s’il se souvient de moi… sûrement …

Quelques petits copains par-ci par-là, rien de sérieux, rien qui vient me chercher autant que ce petit bum…. jusqu’à ce jour du mois de mai 2000. Il était dans son salon, un ami en commun nous présentait. Je suis restée bouche bée tellement je le trouvais beau. Mon manque de confiance habituel me disait qu’il était trop beau et que bah, ça donnerait rien ! On passe la soirée ensemble, on parle beaucoup … un gars qui parlait plus que moi, rare !! Je lui laisse mon numéro en grabouilli sur une feuille sur sa table et le lendemain il m’appelle pour savoir si je m’étais bien rendue. Finalement je suis de son goût … wow ! Lui ce qui m’a attiré vers lui c’était le physique, je ne voyais que ça. Puis plus on parlait plus je découvrais un jeune homme avec un passé pas comme le miens. Une famille éclatée, il ne parle plus à son père ni à une de ses sœurs, revoit sa mère depuis seulement quelques mois. Plusieurs autres fantômes sont arrivés quelques mois avant notre rencontre font également partis de sa vie… Tout ça mis ensemble, c’est rapidement vite devenu le gars parfait pour moi ! Je pouvais exercer mon envie de sauver mais sur un super beau gars !! WOW jack pot ! Relation merveilleuse les 3 premières années, je lui fais connaître c’est quoi une famille unie en l’introduisant dans la mienne. Je lui présente mes amis qui l’accueillent comme si il avait toujours fait parti de la gang. Nous sommes le couple parfait, celui dont nos amis parlent, celui qui fait rêver les autres ! Il commence un deuxième emploi pour qu’on aille plus de sous, je suis encore aux études, je travaille à temps partiel, nous habitons ensemble depuis nos 6 mois (j’ai 19 ans) … tout ça c’est beaucoup pour lui et la dépression semble planer au dessus de sa tête. Il se met beaucoup de pression, trop même. Nous faisons des plans pour le futur, nous déménageons dans un beau, très beau 5 et demi et là ça éclate. Devant les amis, la famille IL éclate, la pression des derniers mois, le stress, la fatigue, la soupape vient de sauter. On commence à s’éloigner sans trop s’en rendre compte. Je dois encore le sauver de ses phases dépressives, je suis encore utile dans sa vie. Vers la fin de la 3e année, nous remettons notre couple en question. Beaucoup de discussions, nous décidons de donner un second souffle à notre couple ! Wow, j’ai l’impression de retomber amoureuse de lui, il est heureux de bonne humeur, me fait des surprises … on s’aime à nouveau ! Un soir de party de St-Valentin en 2005 (j’ai 23 ans) une petite fille venait se faufiler dans mon ventre, ce n’était pas prévu ! On s’aimait, on avait un bel appart, bien que dans mon cœur je savais que ce n’était pas l’homme de ma vie, je ne pouvais pas laisser ce petit ange aller. 9 mois plus tard est née ma fille, notre fille. Tout va bien, on s’aime, on fait de notre mieux … mais la pression revient faire son tour dans la maison. Il a tellement manqué de sous quand il était jeune qu’il veut s’assurer que sa fille ne manquera jamais de rien. Changement d’emploi, heures supplémentaires, il en fait trop … la dépression semble vouloir revenir lui rendre visite. Bordel ce n’est pas le bon temps pour que tu reviennes toi. Je suis plus souvent seule qu’autre chose à la maison avec la petite. Parce que bien qu’il soit physiquement présent, certains soirs il était loin dans son monde. Je m’éloigne, sans le savoir et sans le vouloir, je commence ma vie intérieure sans lui. Le retour au boulot, les amis, je réalise que je suis devenue une autre personne. La pression, les chicanes, les mal entendus, y’a plus rien. Je l’aime mais je ne peux plus survivre, j’ai besoin de respirer, j’éclate, c’est fini.

C’est fini… en fait ce n’était pas fini, ma vie débutait. Une nouvelle vie. Une vie dans laquelle je devenais responsable d’une petite fille de 2 ans et demi. Nous sommes en 2008, j’ai 27 ans, célibataire, un enfant … je fais quoi ??? Je n’ai plus personne à sauver. Je dois me sauver moi, je dois réussir ma vie. Je dois réussir ma vie de maman monoparentale !! Plus gros contrat à vie ! Je dois passer au travers de ce deuil des 8 dernières années. Je dois continuer de vivre, en fait réapprendre à vire. Vivre seule, c’est quoi vivre seule ???? Je ne l’ai jamais fait. Des soirées complètes à être seule, des journées de fin de semaine à ne m’occuper que de ma fille. Je suis grosse, je ne me sens pas belle, je ne fais pas de rencontre alors que lui semble déjà avoir trouvé le parfait bonheur avec sa nouvelle blonde. Jalousie, c’est moi qui devrais être heureuse et c’est lui qui devrait trouver ça difficile.

C’est long, c’est difficile, je pleurs, je me décourage et finalement je me fais à l’idée. Voici ma vie pour les prochaines années. Enweye la grosse assume tes choix ! Des rencontres par-ci par là, encore une fois rien qui ne vient me chercher. Rien d’intéressant, j’ai un enfant, je n’en veux plus d’autres ! Je me cherche un passe-temps depuis que la princesse est désormais en garde partagée … Je dois me trouver quelque chose à faire de mes soirées, sinon je vais virer folle… La boxe !!! Pourquoi pas ! Gym presque rempli seulement de gars.. humm motivant !! Je perds du poids à chaque semaine, je m’y défonce ! 5 jours semaine, j’ai mal partout mon corps me dit que c’est trop, mais moi je m’en fou ! Je deviens une nouvelle personne physiquement. Je reçois des compliments, on me remarque à nouveau ! Mais ça y est … Isa l’intimidante vient faire son entrée dans ma vie. Contrairement à avant, on ne m’aborde presque plus, les rencontres se font rares, voir nulles. Presque 3 ans de célibat, j’abandonne. Finalement on n’est pas si mal célibataire, je fais ce que je veux quand je veux. Je ne dois rien à personne et je commence à apprécier mon temps à moi dans ma maison une semaine avec ma fille, une semaine sans. Puis ….

Puis, vient cette soirée de février 2011, cette soirée que j’ai décrite dans mon article Coup de foudre et boule de gomme. Cette rencontre qui sera le début d’une relation particulière qui aura duré 1 an et demi. Une relation en montagne russe. Une relation dans laquelle encore une fois je me sentais en devoir de sauver ! Une relation qui aurait eu TOUT pour fonctionner si ça n’avait pas été du « mauvais timing » de cette rencontre. Mais encore une fois, rien n’arrive pour rien dans la vie. Je ne m’éterniserai pas sur cette dernière relation puisqu’elle est encore si précieuse dans mon cœur. Je sais que j’ai fait partie de sa vie pour une raison. Que mon rôle d’Isa la sauveuse dans ce cas ci a vraiment porté fruit puisqu’il est devenu une meilleure personne en partie grâce à moi. Je ne me lance pas des fleurs, demandez lui il vous dira ! Je suis encore sous les secousses de ce tremblement de terre. Rarement quelque chose d’aussi intense était venue me chercher. Rarement je m’étais autant investie, corps, âme et tout le reste. Je suis vidée, je suis fatiguée, comme Superman qui perd ses pouvoirs. Je dois retrouver mes pouvoirs, ma liberté, mon sentiment de bien être que j’avais avant février 2011. Je dois prendre le positif, et faire en sorte que le négatif me fasse grandir.

Aujourd’hui Isa la sauveuse aimerait prendre sa retraite. Isa aimerait simplement être Isa, isa la femme ! Isa la fille qu’on prend soin, qu’on écoute et qu’on gâte. J’aimerais pour une fois qu’on prenne soins de moi. Mais quand l’opportunité se présente, je chausse mes souliers de course et je me pousse par trop de simplicité ! Peut-être qu’un jour je serai assez essoufflée que je voudrai me reposer vraiment. Jusque là, comme Vagabond, je poursuis mon parcours ;o)